Pendant des siècles, la musique s’est transmise sans partitions, sans méthodes et sans vidéos. Les musiciens apprenaient en observant, en écoutant et en reproduisant. Cette manière d’apprendre, appelée oralité, reste aujourd’hui l’un des moyens les plus efficaces pour progresser à la guitare.
À l’heure où les ressources pédagogiques sont infinies, il est parfois utile de revenir à cette approche ancestrale. Développer son oreille, mémoriser les sons, reproduire des phrases musicales et jouer avec d’autres musiciens sont autant de compétences qui permettent de devenir un guitariste plus libre, plus créatif et plus musical.
L’oralité désigne la transmission des connaissances musicales par l’écoute et l’imitation, sans passer nécessairement par l’écriture.
Avant l’apparition de la notation musicale, les traditions populaires, le blues, le jazz, les musiques africaines ou encore les musiques orientales se transmettaient exclusivement de cette manière.
Le principe est simple :
Cette méthode développe naturellement des compétences essentielles que la lecture seule ne permet pas toujours d’acquérir.
La guitare est un instrument profondément lié à l’écoute.
Les plus grands guitaristes n’ont pas uniquement étudié des partitions : ils ont passé des milliers d’heures à écouter leurs idoles, relever des solos, copier des accompagnements et jouer avec d’autres musiciens.
L’oralité permet notamment de développer :
Autrement dit, elle forme le musicien autant que le technicien.
Savoir lire une partition ou une tablature est évidemment un atout.
Mais beaucoup de guitaristes savent parfaitement lire sans être capables de reproduire une mélodie entendue quelques secondes auparavant.
À l’inverse, certains musiciens possèdent une excellente oreille sans avoir appris le solfège.
L’objectif idéal consiste donc à combiner les deux approches :
On entend parfois qu’il ne faut pas copier les autres.
En réalité, tous les grands musiciens ont commencé par imiter. George Benson a relevé Charlie Christian.
Pat Metheny a étudié Wes Montgomery.
Stevie Ray Vaughan a passé des années à reproduire Albert King. L’imitation n’est pas une fin en soi.
Elle constitue une étape indispensable avant de développer son propre langage musical.
Le relevé est probablement l’exercice qui développe le plus rapidement les capacités musicales.
Il consiste à retrouver à l’oreille :
Même si l’exercice paraît difficile au début, les progrès sont souvent spectaculaires après quelques semaines de pratique régulière.
Quelques minutes quotidiennes suffisent.
Une excellente habitude consiste à chanter ce que l’on souhaite jouer. Cette technique permet de créer un lien direct entre l’oreille et les doigts. Elle est utilisée dans de nombreuses écoles de jazz et d’improvisation. Essayez par exemple :
Vous apprendrez rapidement à improviser de manière plus naturelle.
L’oralité sollicite fortement la mémoire.
Au lieu de dépendre constamment d’une partition, le musicien construit progressivement une bibliothèque intérieure de sons, de phrases, d’accords et de rythmes.
Cette mémoire devient ensuite une véritable ressource au moment d’improviser. Plus vous écoutez et mémorisez, plus votre vocabulaire musical s’enrichit.
Rien ne remplace le jeu en groupe.
Les répétitions, les jams et les ateliers obligent à écouter les autres, réagir rapidement et mémoriser les morceaux.
On apprend souvent davantage pendant une heure de pratique collective que durant plusieurs heures passées seul devant une méthode.
L’oralité se nourrit des échanges.
Voici quelques habitudes simples à adopter :
Ces exercices développent progressivement votre autonomie musicale.
Une compétence essentielle pour improviser
L’improvisation ne consiste pas à réciter des gammes.
Elle repose avant tout sur la capacité à entendre intérieurement une idée musicale avant de la jouer.
Cette aptitude s’acquiert principalement grâce à l’oralité.
Plus votre oreille est développée, plus vos improvisations deviennent naturelles, chantantes et personnelles.
L’oralité est sans doute l’un des aspects les plus sous-estimés de l’apprentissage de la guitare.
Elle ne remplace ni la théorie ni la lecture musicale, mais elle leur donne un sens concret. En développant votre écoute, votre mémoire et votre capacité à reproduire ce que vous entendez, vous progresserez bien au-delà de la simple technique.
Si vous souhaitez réellement devenir un musicien autonome, prenez l’habitude d’écouter autant que vous pratiquez. Car, au fond, la musique est d’abord un langage qui s’entend avant de s’écrire.
Damien Ossart