« TOTAL PENTANONIC »

Total Pentatonic : et si chaque groupe de 5 notes devenait une nouvelle couleur musicale ?

 

La plupart des guitaristes connaissent deux grandes familles de gammes pentatoniques :

  • la pentatonique mineure,
  • la pentatonique majeure.

Elles sont partout. Rock, blues, funk, country, fusion…
Et pour une bonne raison : elles sont assez faciles à utiliser et à faire sonner.

Mais voici une idée capable d’ouvrir de nouvelles possibilités sonores.

Toute combinaison cohérente de cinq notes peut devenir une gamme pentatonique!

Autrement dit :

la pentatonique ne se limite pas aux formes classiques que nous avons apprises au début.

C’est là qu’intervient l’idée de “Total Pentatonic”.


Pourquoi les pentatoniques fonctionnent si bien ?

 

Une gamme pentatonique contient peu de notes.
Résultat :

  • moins de risques de frottements,
  • des phrases plus lisibles et plus efficaces
  • un jeu plus chantant,
  • une meilleure efficacité mélodique.

C’est probablement la raison pour laquelle on retrouve des systèmes pentatoniques dans des traditions musicales du monde entier.

Mais une fois les formes majeures et mineures assimilées, beaucoup de guitaristes tournent en rond :

  • mêmes plans,
  • mêmes réflexes,
  • mêmes couleurs.

La solution n’est pas forcément d’ajouter plus de notes…

Parfois, il suffit de changer les cinq notes utilisées.


Sortir des pentatoniques “classiques”

 

Les pentatoniques majeures et mineures sont simplement des sélections particulières de cinq notes.

Par exemple :

Pentatonique mineure classique

1−♭3−4−5−♭7

Pentatonique majeure classique

1−2−3−5−6

Mais rien n’empêche de construire d’autres combinaisons.

Et c’est précisément là que commencent les sonorités modernes, ouvertes et originales.


Quelques pentatoniques moins connues à explorer

 

1) Pentatonique 1–♭3–4–5–6

 

Une couleur “mineur 6”

1−♭3−4−5−6

Cette gamme remplace la ♭7 de la pentatonique mineure classique par une 6 majeure.

Résultat :

  • moins blues,
  • plus sophistiqué,
  • sonorité jazz « moderne »et jazz-fusion

Elle fonctionne très bien sur :

  • accords mineurs 6,
  • accords dorien,
  • grooves funk mineurs,
  • vamp modal sur le mode dorien

En La :

A – C – D – E – F#

Une superbe couleur pour sortir immédiatement des clichés blues-rock.


2) Pentatonique 1–2–3–5–♭7

 

La pentatonique “mixolydienne”

 

1−2−3−5−♭7

Très intéressante sur les accords dominants.

Elle conserve :

  • la tierce majeure,
  • la septième mineure,

ce qui définit immédiatement la couleur mixolydienne.

Excellente pour :

  • le blues moderne,
  • le funk,
  • le rock sudiste,
  • les grooves type jam-band.

En Sol :

G – A – B – D – F

On retrouve une sonorité très “ouverte”, idéale pour improviser longtemps sans lourdeur harmonique.


3) Pentatonique 1–3–4–5–♭7

 

Une tension ambiguë et moderne

 

1−3−4−5−♭7

Ici, l’absence de seconde crée quelque chose de plus brut.

La présence simultanée :

  • de la tierce majeure,
  • et de la septième mineure,

donne une couleur immédiatement dominante.

Très efficace pour :

  • le rock fusion,
  • influence de la musique indienne
  • certains contextes country modernes.

4) Pentatonique 1–2–♭3–5–6

 

Entre mineur et dorien

 

1−2−♭3−5−6

Une des plus belles alternatives à la pentatonique mineure classique.

La 2 apporte de l’air.
La 6 majeure apporte une élégance modale.

Résultat :

  • influence de la musique extrême orientale (notamment le Japon)
  • moins “blues cliché”,
  • plus mélodique,
  • plus « cinématographique ».

Parfaite pour :

  • le jeu modal,
  • la fusion,
  • les ambiances modernes,

5) Pentatonique 1–2–♭3–5–♭6

 

Une couleur sombre et exotique

 

1−2−♭3−5−♭6

Cette gamme possède une couleur immédiatement plus « sombre », plus « dramatique ».

On peut y entendre :

  • des influences de la musique extrême orientale (notamment le Japon)
  • du métal mélodique,
  • des climats de musique de film.

Très inspirante pour créer des phrases moins prévisibles.


Comment pratiquer ces nouvelles pentatoniques ?

 

1) Ne changez qu’une seule note

 

C’est la méthode la plus efficace.

Exemple :

  • prenez votre pentatonique mineure habituelle,
  • remplacez simplement la ♭7 par une 6.

Vous entendrez immédiatement une nouvelle couleur sans perdre vos repères.


2) Jouez-les sur une « pédale »

 

Le meilleur contexte pour entendre réellement une nouvelle pentatonique est :

  • une cadence modale,
  • une pédale,
  • un groove statique.

Exemple :

  • Am7 pendant plusieurs minutes,
  • puis expérimentez différentes pentatoniques.

C’est là que l’oreille commence vraiment à reconnaître les couleurs.


3) Créez vos propres pentatoniques

 

C’est probablement l’étape la plus intéressante.

Posez-vous simplement cette question :

“Quelles 5 notes résument la couleur que je veux entendre ?”

C’est une approche extrêmement utilisée dans :

  • le jazz moderne,
  • le jazz-fusion,
  • le rock-fusion
  • la musique improvisée

L’objectif n’est pas d’apprendre “plus de gammes”

 

Le vrai objectif est :

  • développer l’oreille,
  • enrichir son vocabulaire,
  • entendre les couleurs avant de jouer les notes.

Les grands improvisateurs ne pensent pas uniquement en “positions”.

Ils pensent en couleurs sonores.

Et ces pentatoniques alternatives sont une porte d’entrée formidable vers cette approche.


Exercice simple à essayer aujourd’hui

 

Prenez un backing track en Am.

Puis jouez successivement :

  1. pentatonique mineure classique,
  2. 1–♭3–4–5–6,
  3. 1–2–♭3–5–6,
  4. 1–2–♭3–5–♭6.

Vous allez immédiatement entendre :

  • des climats différents,
  • de nouvelles tensions,
  • de nouvelles idées mélodiques.

Et surtout…

vous commencerez à sortir de vos  automatismes.


À vos guitares!

Damien Ossart